premiers chapitres de mon roman


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1

 

Quatre bipèdes   en villégiature  sur la planète bleue et blanche.

En 2570, un dimanche après-midi, quatre bipèdes,   un garçon et trois filles  d'une vingtaine d'années  font du stop sur une route  à l'intersection des latitude 48° 55' Nord et longitude 2° 06' Est, sur une merveilleuse troisième planète d'un système solaire récent, laquelle, observée de l'espace, présente un ciel bleu et des nuages blancs.

Cette planète  s'est formée en une centaine de millions d'années; elle  tourne autour d'un soleil  en trois cent soixante-cinq jours. Elle est en outre animée d'un mouvement de rotation sur elle-même, de 24 heures. (durée du jour solaire moyen par rapport au repère extérieur et pratiquement immobile que représentent les étoiles). La rotation sidérale s'accomplit en quelques minutes de moins, soit en 23 heures, 56 minutes et 4 secondes. L' axe de rotation sur le plan orbital est  incliné de vingt-trois degrés et quarante minutes sur le plan de l'écliptique.   Cette planète n'est pas toujours orientée de la même façon par rapport à l'ensoleillement et grâce à cette inclinaison idéale, elle a  quatre saisons, un Printemps, un Eté, un Automne et un Hiver  comme "Terre" , une planète similaire, située dans une autre galaxie, qui avait permis le développement de la vie : plantes, animaux, êtres humains, mais aussi  virus bons ou mauvais.

 

Au sortir d'un château dont la construction fût ordonnée par un autre Louis après 2360 ( cette date se comptabilisant à partir de la naissance d'un être mâle,  TRATOUZARA , qui avait prophétisé une résurrection des morts qui auraient suivi pendant leur vie les lois de leur Créateur,  plus puissant que les magiciens, présent partout en même temps, dans toutes les galaxies connues et inconnues, ainsi que dans d'autres systèmes qu'aucune intelligence sur cette planète bleue n'auratt pu imaginer : ni les femmes savantes et libres, ni les bipèdes sapiens-sapiens mâles, ni les fourmis ).

Louis, conducteur d'un cabriolet blanc bringuebalant voyant les quatre auto-stoppeurs, met le clignotant pour signaler qu'il se gare ; il freine, arrête le moteur, ouvre la portière, descend, fait le tour du cabriolet, et s'adresse  au garçon :

- Où allez-vous ?

- No comprendo ! 

 

Louis exprima sa propre incompréhension par une mimique, mais avec du papier ,  un crayon et un dessin de la région finit par saisir qu'ils allaient à Sirap, la capitale de la république d'Ecnarf. Il   expliqua péniblement  qu'il pouvait transporter dans ce cabriolet seulement trois adultes, à cause de l'assurance.

 

- Entiendo perfectamente, puedes llevar las mujeres. 

 

Louis les déshabille d'un regard furtif, puis demande leurs prénoms.

 

Il fait asseoir Laetitia et Elda sur les sièges arrière, puis Baba à l'avant ; il jette un dernier coup d’œil à l'aspect de son cabriolet, s'asseoit, ferme sa portière, boucle sa ceinture et celle de Baba, regarde quelques voyants sur le tableau de bord en bois vernis, tourne la clef de contact, lance le démarreur et pose le pied sur la pédale du régulateur de  vitesse du moteur, regarde le rétroviseur, met le clignotant, et d'une pression légère  démarre en douceur.

 

Il roule lentement, environ douze mètres par seconde, jusqu'à une route plus large qui permet d'entrer dans une voie périphérique à la Capitale, autorisant une circulation plus rapide : vingt cinq mètres par seconde. Sur cette voie à sens unique, il y a des sorties pour les différents quartiers. Après quelques vibrations dues à l'arbre de transmission mal équilibré  (c'était un cabriolet avec  moteur  avant et  roues de propulsion. Donc cet arbre  transmettait les rotations du moteur aux roues au moyen de cardans et d'un différentiel  pour  équilibrer   la  vitesse des roues motrices lors de virages). Il file à vingt quatre mètres par seconde. Entre dans la Capitale. Arrive prés de l'hôtel. Cherche une rue pentue où garer le cabriolet,  à cause d'un problème de démarreur, la batterie étant à plat.

Frein à main. Moteur arêté. Contact coupé.  Première vitesse enclenchée.Il fait descendre ses passagères  ( La gravité   sur cette belle planète est trop faible, par rapport à la  résistance  du moteur à l'arrêt, pour que le cabriolet bouge en cas de rupture du frein à main) .

 

Louis a envie de rester avec elles. C'était le Printemps, début de températures agréables et du bourgeonnement des plantes. C'est la première fois qu'il rencontre des êtres venus d'ailleurs. Il s'empresse de leur faire comprendre qu'il les invite à dîner. Ils montent dans la chambre. (Baba fait entrer Louis) Il s'assoit ne sachant trop que dire, ne connaissant aucune autre langue que la sienne qui est une langue assez compliquée, mais qui a eu ses moments de gloire entre 2270 et 2370.

 

- Puis-je allumer s'il vous plaît une cigarette de tabac brun ? - Aqui tiene un cenizero

- Pourquoi ne prendrions pas un maté ?

- Je le prépare. (répond Baba)

 

Louis regarde avec curiosité les morceaux ressemblant à des feuilles de houx fragmentées ou de thé. Elda les met dans un récipient ovoïde d'environ cent centimètres cube, verse d'abord un peu d'eau presque bouillante. Elle y plonge une pipette de métal paressant de l'acier inoxydable, ayant des teneurs en Chrome et Nickel de respectivement dix-huit et dix pour cent. Elle remet de l'eau jusqu'au bord, met ensuite l'extrémité de la pipette dans sa bouche et aspire un peu, pour goûter. Elle verse de nouveau de l'eau jusqu'à la formation d'une mousse blanche, puis tend le récipient ressemblant à une calebasse en direction de Louis.

 

Celui-ci aspire pour ne pas faire mauvaise impression, ce qu'il fait de toute manière en recrachant aussitôt. (tout le monde se met à rire)

 

- Pardon c'est très ame

- Elda est Criola. (dit Laetitia)

- Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Simplement qu’elle a du sang indigène et que ses ancêtres utilisaient le maté pour ses vertus reconstituantes.

- Une autre fois nous y ajouterons du sucre.

 

Marcos, qui quelques heures plus tôt faisait du stop avec les femmes, arriva.

 

La conversation s'interrompit.

Il parla rapidement dans son dialecte. Elda lui donna la calebasse, y versa de l'eau frémissante à une température d’environ 85 degrés Celsius (Celsius, de son prénom Anders, fut un humain qui vécu au 18ème siècle après Jésus-Christ, prophète qui servait de point de départ au comptage du temps pour des peuples qui avaient suivis sa doctrine sur la planète Terre).

 

La Terre ressemblait étrangement à cette planète, mais sa biosphère avait été détruite par 75% de l'espèce humaine qui l'habitait ; elle succombât à cause de sa cupidité et de l'abandon des principes de solidarité, fraternité, égalité, liberté et honnêteté. Les 25% d'humains restant, s'étaient comportés durant leur vie, ou une dizaine d'années avant leur mort, selon les préceptes d'amour envers toutes les espèces, de compassion, de pardon, de charité et d'honnêteté. Ils se réveillèrent nus sur cette planète bleue, où après une évolution intellectuelle de centaines de milliers d'années, ils captèrent des supports historiques électroniques, qui avaient été protégés et envoyés dans l'espace vers d'autres galaxies pour démontrer à d'autres êtres plus intelligents que les Terriens et leurs civilisations avaient existé.

 

Ce qui nous a permis d'apprendre que Celsius était un Terrien très doué pour les mathématiques dès sa jeunesse, et qu'il avait participé à une expédition en Laponie, partie de la Terre qui était très froide avant la disparition de l'espèce humaine Le but de cette expédition était de mesurer la longueur d'un degré le long d'un méridien, et comparer le résultat à une expédition semblable près de l'équateur (ligne imaginaire qui sépare les deux hémisphères), et qui démontrait que la forme de la Terre était un ellipsoïde aplati aux deux pôles.

 

Ses expéditions avaient confirmé la croyance d'un autre grand savant Terrien, Newton, qui vécut une centaine d'années auparavant, et qui déduisit par ses calculs que «les forces qui tiennent les planètes sur leur orbite doivent être inversement proportionnelles au carré de leur distance au centre de révolution»

 

La participation de Celsius à une telle expédition l'avait rendu célèbre, et elle fut suffisamment importante pour intéresser les autorités "suédoises" (c'est à dire de la Suède qui était un pays où vivaient des humains sympathiques, situé entre les longitudes 10° et 25° Est, et au-dessus de la latitude 55° Nord), autorités qui consentirent à lui donner les ressources nécessaires afin de construire un observatoire moderne à "Upsal". Terminé en 1741, il était équipé des instruments achetés pendant ses longs voyages à l'étranger. Cet observatoire disposait de la technologie instrumentale la plus moderne à ce moment-là, lui permettant d'effectuer de nombreuses mesures géographiques pour la cartographie suédoise, et de faire noter que la terre des pays nordiques s’élève lentement au-dessus du niveau de la mer, un processus qui avait continué depuis la fonte des glaces de la dernière période glaciaire vers 21000 ± 2000 ans avant Jésus-Christ. Celsius croyait que c'était l'eau qui s'évaporait, alors que d'après Wegener, (un autre important savant ayant vécu sur la Terre au 20ème siècle) la croûte de la Terre serait constituée de plaques en mouvement sur un magma, dont certaines ont créé par subduction des chaînes de montagne de dix mille mètres de hauteur au-dessus du niveau des mers. Le noyau de la Terre étant solide et enveloppé par du fer fondu à une température de 4500 degrés Celsius, avec une proportion faible d'oxygène, de silice et de soufre<.

 

Pour ses observations météorologiques Celsius avait construit son thermomètre célèbre, avec 100 degrés pour le point d'ébullition de l'eau et 0 degré pour le point de sa congélation.

Les habitants bipèdes de la planète bleue réutilisaient tous les savoir des Terriens, mais pour ne pas simplifier leurs vies, une partie de ces habitants recommençait à commettre les mêmes erreurs que les Terriens, ne se comportant pas gentiment les uns avec les autres, indépendamment de leur ethnie, de leur couleur, de leur religion, de leur espèces.

Ces êtres avaient été pourtant sauvés afin de vivre en parfaite harmonie avec les ressources mises à leurs dispositions, et développer des technologies pour les enfants des enfants de leurs enfants, leurs permettant d'essaimer parmi les étoiles de tous les amas galactiques infinis (qui peuvent être représentés comme des grappes d'algues, se multipliant perpétuellement, où chaque protubérance contiendrait des centaines de galaxies), et ainsi ne pas se marcher sur les pieds, et devenir immortels.

Malheureusement leur Créateur ne changea pas leur structure génétique.

Etant trop fatigué de voir la destruction de ses belles planètes, il décida, pour ne pas être ridiculisé par son ennemi du début des temps, que c'était sa dernière expérience et retourna le sablier cosmique

Il restait peu de temps aux cultures et nations de la planète bleue pour comprendre que c'était leur dernière chance et qu'il fallait absolument qu'une main puisse laver l'autre main, et qu'ainsi les deux puissent laver le visage.

 

Marcos aspira, sans paraître se brûler, tout en écoutant l'invitation de Louis que commentait Baba. Ils partent à pied sur une hauteur de la Capitale et s'arrêtent dans un restaurant décoré de plantes vertes, d'où l'on a un magnifique panorama.

 

Louis fait asseoir ses nouveaux compagnons devant lui, leur propose de choisir pour eux. Il commande une sangria, des coquilles Saint-jacques, une paëlla et des gambas, de la salade avec des noix et des fromages.

 

Les quatre étrangers mangent de bon appétit et Louis les observe avec un certain contentement.

 

Après le café et les digestifs, Louis demande l'addition, puis remplit un chèque. Il raccompagne ses amis à l'hôtel, demande où ils vont, puis, entrant dans le cabriolet et n'étant pas en état de conduire, ferme la capote, puis les portes et s'endort heureux.

 

A peine l'aurore, il se réveille et entre rapidement chez lui à Selliasrev, se déshabille, passe dans la sale de bains, met des vêtements propres et part à son travail.

 

Pendant l'après après midi, le contremaître vient le voir et lui dit :

 

- Monsieur, les policiers sont à la porte de l'établissement et attendent que vous rendiez les pièces.....

- Justement je voulais vous voir, je pars demain, mais ne vous inquiétez pas, je terminerai d'usiner ces pièces.

Sa journée terminée, Louis passe chez un copain, lui confie son cabriolet, prend un taxi jusqu'à une gare située au nord de la Capitale, achète un billet de transport pour Madretsma via Eliexurb, et monte dans un train en deuxième classe.

Il arrive à une heure à Eliexurb, traîne dans les rues, écoute le grincement des vieux trams, rencontre le fils d'un roi du pétrole, sympathise.

Ils vont pour entrer dans un bar animé, pour boire quelques bières et manger quelques frites. Mais le patron refuse de les servir, à cause du teint basané de son nouvel ami.

- Que penses-tu faire ? (demanda Ali)

- Aller à l'adresse où se trouvent mes amies.

- Je peux t'emmener dans quelques jours.

- Je préfère partir tout de suite, il doit y avoir un train, ou si c'est trop long, je partirais en stop.

- O.K., à un de ces jours, va avec Halla. (le Dieu des Stnamlusums, bipèdes respectant leurs traditions, vivant majoritaire ment sur des étendues de sables ondulées)

 

Après quelques heures de train, Louis arrive à l'adresse indiquée par ses amies ; c'est une auberge de jeunesse, mais il ne peut s'inscrire n'étant plus étudiant.

 

Elda lui indique un hôtel où elle ira lui rendre visite plus tard. L'hôtel se situe sur une place où des femelles s'exposent dans des vitrines ; la chambre est coquette. A peine a t’il refermé la porte, qu’il ôte ses vêtements pour prendre une douche. Ceci fait, il déballe quelques chemises en coton, sort un petit fer à repasser de sa valise et se met à l'ouvrage.

 

(Elda frappe à la porte)

- Entre.

- Que fais-tu ? Mais ce n'est pas ton travail, laisse moi faire, allonge-toi sur le lit, tu as l'air fatigué.

Il était en train de l'observer, lorsqu'elle se mit à pleurer.

- J'ai brûlé ta chemise (gémit-elle en s'approchant comme une chatte).

Louis ne savait trop que faire, il commença à caresser ses longs cheveux châtains, son front large, voulut lui faire des câlins... quant Elda se leva d'un bond.

- J'ai rendez-vous avec Marcos, nous nous verrons demain au port

 

Louis était désarçonné, il ne comprenait pas.

Marcos, Laetitia et Baba, à la suite d'une providence ou d'un hasard qui leur avait fait connaître le capitaine d'un cargo, étaient invités à se rendre dans un port situé à environ 53° 40' de latitude Nord et 10° de longitude Est, mais il fallait faire encore une cinquantaine de kilomètres pour rencontrer l'embouchure donnant sur la Mer ud Dron.

 

Elda, elle, devait suivre son itinéraire planifié, et prendre l'avion, pour retourner dans son pays situé au-delà d'un immense océan en direction du Sud-Ouest.

Louis les embrassa et dit à Elda qu'il la retrouverait lorsqu'elle arriverait à Onalim..

Pendant plusieurs jours Louis voyage en train et en stop. Il arrive par malchance avec de nombreuses heures de retard en vue de l'aéroport. Il avait fait une petite pause à la frontière pour voir une tour inclinée depuis sa construction, située à une douzaine de kilomètres de la mer, où l'on dit qu'un savant qui était passé par l'Inquisition avait démontré la gravité. Là, aux abords du duomo, il s'était laissé embobiner par un homme très bien habillé : costume gris à fines rayures, cravaté, racontant une histoire : "sa femme était à l'hôpital et il devait demander la charité pour nourrir ses six enfants". Louis, ayant de l'argent pour aller se promener, ne put pas refuser de lui donner quelques billets correspondant à deux kilogrammes d'escalopes.

 

Il trouve Elda avec ses bagages dans le hall de l'aérogare. Elle est fâchée d'avoir attendu si longtemps (environ 6 heures) Tout s'arrange et ils sortent de l'aéroport. Des porteurs se bousculent pour prendre leurs valises. Elda parlemente avec un chauffeur de taxi qui les conduit à un hôtel des plus modestes où restait une seule habitation. Dans la chambre, ils s'effondrent sur le lit. Malgré la fatigue, Louis tente d'être tendre...

- Je suis fatiguée et d'abord il faut te laver et te couper les ongles. (Ils dorment)

 

Le lendemain, Elda entreprend d'aller visiter des musées d'arts, et principalement la cathédrale gothique dont l'extérieur est orné d'environ 135 pinacles et d'environ 2 245 statues de marbre de toutes les époques, et l'intérieur plus simple, mais majestueux et pouvant recevoir 40 000 fidèles.

 

Louis s'excusa de ne pas l'accompagner. Cette cathédrale l'impressionnait. Elle lui paraissait ténébreuse, avec toutes ses lances dirigées vers le ciel nuageux.

 

Il préférait visiter le musée national des Sciences et Techniques où sont exposées les belles maquettes en bois des inventions les plus ingénieuses d'un artiste remarquable ; les vieilles locomotives à vapeur, et quelques-uns des premiers aéroplanes, qui ne correspondaient pas encore à la merveilleuse voilure aérodynamique des oiseaux, dont certains pouvaient voler à des altitudes situées à 6000 mètres au-dessus du niveau des océans, faire des milliers de kilomètres sans ravitaillement durant leurs vols, naviguer de nuit, puis prendre leur envol dès l'apparition des étoiles qui leur servent de points de repère, même en se déplaçant les unes par rapport aux autres.

Le soir ils se retrouvèrent dans une galerie immense que Louis trouva très belle, le sol était recouvert de petites pierres de différentes couleurs, formant des figures géométriques ; au-dessus de ce sol, un dôme en verre situé environ à 15 mètres de haut.

Ils dînèrent sur place dans un restaurant servant une cuisine classique et proposant un excellent service. Pour le prix payé qui incluait certainement le décor, le service se devait effectivement d'être hors pair !

Le jour suivant, ils prennent un train jusqu'à Eznerif.

Louis fait un effort pour partager avec Elda sa découverte de l'architecture des monuments.

- Do you like it ? demande Elda en désignant un pont avec de minuscules maisons cubiques peintes en jaune, orange, avec des fenêtres vertes sortant en porte-à-faux à l'extérieur des murs.

Louis ne répondit pas, ne comprenant pas la question. (Il suivait Elda comme certains quadrupèdes suivent leur maître)

Ensuite ils allèrent à Aizénev.  

Sur la place de San Ocram, ils s'assirent à la terrasse d'un café où des violonistes jouaient des sérénades. Ils commandèrent au garçon deux cafés légers, regardèrent le va et vient des touristes et des gondoles. Quant Louis voulu payer, personne ne vint. Comme l'addition lui semblait exagérée, il se leva tranquillement. Il prit Elda par la main, marcha lentement quelques mètres, puis ils se mirent à courir, fendant la foule. Lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, ils éclatèrent de rire. Louis n'avait jamais aussi ri depuis sa naissance.

 

Ils ne purent visiter les musées, car partout était inscrit sur des pancartes apposées aux portes "chiuso". En revanche, ils allèrent sur une île proche, plus fraîche, qui donne sur une mer limitrophe d'un pays maintenu, à l'époque, par une main de fer. Ils firent du vélo, et quand Elda s'arrêta, Louis en profita pour lui annoncer qu'il retournait dans son pays, n'ayant plus suffisamment d'argent pour aller à Amor et continuer le voyage. Elda nota son adresse sur un morceau de papier, la tendit à Louis, et s'en alla. Louis repartit en stop. Il passa de nuit dans une ville à l'aspect propre, et fut émerveillé par les mille petites lumières des maisons construites sur les collines surplombant un lac d'environ quinze kilomètres de longueur.

 

2

Louis fit sa valise.

 

De nouveau dans sa région, Louis s'occupe à divers métiers. De temps à autre, il rend visite à des connaissances avec son cabriolet, que son copain lui rendit en bon éta.

 

A chaque voyage de nouveaux problèmes.

 

Dans un port d'émigration situé en face du Golfe du Noil qui s'appelle Elliesram, Louis avait laissé son cabriolet 5 minutes dans une rue pentue (le problème de la batterie n'étant pas critique, il ne s'en occupa pas) et lorsqu'il avait voulu la reprendre, les quatre pneus étaient crevés. Il ne comprenait pas pourquoi certains bipèdes (les seuls à pouvoir le faire) se permettaient d'attenter aux biens des autres personnes humaines.

 

N'ayant dans sa poche qu'un carnet de chèques à essence, il avait dormi, ou plutôt essayé de dormir dans le cabriolet. Au petit matin, tout engourdi, il était parti vers le port, pensant pouvoir y travailler. A la seule vue des dockers, ses espoirs s'étaient envolé, le travail était trop pénible.

 

De toutes façons, il lui semblait que ces bipèdes étaient traités comme certains quadrupèdes, et cela ne lui plaisait pas (il n'était pas un bipède Lambda et il avait peu ou pas de défauts génétiques).

 

Proche du port, il avait trouvé un atelier de réparations de moteurs où il avait expliqué ses ennuis. Il avait travaillé sur un tour, et il y était resté la journée. Ses pneus étaient réparés, et il repartit en direction de la Capitale.

 

24 heures après son arrivée, il trouve un emploi, et le garde jusqu'au jour où il est invité chez une femelle, rencontrée dans un train.

Il acheta des fleurs, monta les marches de l'escalier ; la porte était ouverte. Il entra et resta ahuri : deux femelles quadrupèdes étaient occupées à forniquer avec des bipèdes noirs. Stupéfait, il fait demi-tour, se sent mal, laisse tomber les fleurs, respire à pleins poumons.

 

Rentré chez lui, il pensa longuement et se dit que peut être, il retrouverait plus de valeur morale dans le pays d'Elda, une société avec des mœurs normales ; et ceci bien qu'il ait vu dans le grenier de la maison laissée par son grand-père à son père biologique, rentré du continent Niacirfa en 2555, une carte postale montrant la place ed Oyam avec un petit obélisque, sur lequel est inscrite la date de la première proclamation d'indépendance des Snallitsac, le 25 Mai 2410, obélisque terminé en sa pointe par une statuette représentant une femme avec une lance tenue verticalement de la main droite, et portant le long de la jambe gauche un bouclier d'une forme ovoïde, ainsi qu'un bonnet phrygien sur la chevelure. (Le bonnet phrygien était un symbole Terrien de liberté, datant de l'époque des anciens Grecs, lesquels utilisaient ces bonnets pour identifier les anciens esclaves libérés) Cette carte avait été écrite par un grand-oncle exportateur de viandes congelées de quadrupèdes ruminants, qui avait habité le pays d'Elda en 2526. Au dos de cette carte postale était calligraphié un texte adressé à son grand-père.

 

<<Cher André, c'est avec un grand plaisir que nous viendrons cet été visiter les enfants, malgré ce monde bien malade>>

 

Louis fit sa valise, la déposa sur le siège arrière du cabriolet, roula à vingt-cinq mètres par seconde jusqu'au périphérique, entra dans la Capitale par une porte où il pouvait stationner sans trop de soucis, préférant les transports en commun souterrains.

 

Il se rendit à une station centrale, où, en sortant, il trouverait certainement : un bureau de poste afin d'envoyer un télégramme de démission à son employeur, ainsi que des agences de voyages pour se renseigner sur les moyens de se rendre dans le pays de Laetetia, Marcos et Baba.

 

Sur une avenue, dans une agence importante, on lui apprit qu'un bateau faisait route vers le pays d'Elda, via Sennac, Anolecrab, Aobsil, Oir ed Orienaj, Sotnas, Oedivetnom.

 

Il ne pouvait le prendre qu'à Aobsil, Capitale du Lagutrop, car il devait faire ses vaccinations, ainsi que faire viser son passeport, ce qui allait prendre deux jours. Il fallait aussi donner le cabriolet à une connaissance, embrasser ses parents, toucher sa paye, et acheter les billets.

 

Une fois le tout accompli, il lui restait cinquante billets verts de 5 (cinq) et de 10 (dix) Srallods, pesant chacun environ un gramme (le Srallod était une monnaie d'échange acceptée sur toute la planète bleue) ; de toute façon il ne pensait pas au retour, il n'avait pas encore pris d’habitudes confortables et n'avait rien à perdre.

 

Le bateau amarrait à 17 heures, et repartait à 19 heures.

 

Louis prit un avion pour arriver à 17 heures au port. Il arriva à 17 heures et 30 minutes ; il se présenta à la douane, montra son billet à un agent de transit, lequel l'informa que son billet ne serait valable que s'il était visé par une agence de la compagnie.

 

Louis partit, chercha l'adresse, arriva à l'agence 5 minutes avant sa fermeture.

 

- On ne vous a rien précisé dans votre Capitale ?

- Non, rien !

 

L'heure du départ approchait, il remarqua des jeunes bipèdes qui couraient sans chaussures, ouvraient des portières de taxis, puis recevaient un pourboire. Il comprit rapidement et se dirigeant vers l'un, il montra un billet de cent Soducses  (le Soducse était la monnaie locale) ; immédiatement, celui-ci arrêta un taxi.

 

Sitôt dans l'habitacle, il fit comprendre au chauffeur qu'il lui donnerait tous les Soducses qu'il possédait s'il parvenait au port avant 19 heures.

 

A 18 heures et 50 minutes ; le taxi stoppait ; quelques secondes plus tard, Louis montait à bord.

 

Déjà des matelots enlevaient la passerelle, et des ordres de manoeuvres commençaient à être exécutés. Louis se rendit à sa cabine, déposa ses bagages, et prit une douche froide. Désireux de visiter le bateau, il monta les marches d'un escalier et se trouva face à une femme très jolie qui semblait égarée. Il s'arrêta net, comme foudroyé. Elle était vêtue d'une robe en soie bleu ciel, portait sur son cou harmonieux un collier en pierres semi-précieuses. Elle ressemblait aux princesses des livres d'enfants.

 

Cette femme regardait la clef qui avait un numéro gravé. Elle la tenait dans sa main droite.

 

Louis comprit qu'elle était perdue ; il s'approcha et lui fit comprendre à l’aide de mimiques qu'il pouvait l'aider. Il connaissait le compartimentage numéroté des bateaux, ayant effectué son service militaire dans la marine.

 

La femme accepta et le suivit.

 

Arrivé devant la porte de la cabine, Louis fit quelques pas en arrière, sans toutefois quitter ses yeux qui étaient comme un monde bleu aussi merveilleux que la planète, et vers lesquels il se sentait attiré, tellement elle était attrayante.

 

Le lendemain à l'heure du déjeuner, il chercha à l'apercevoir, sans succès. Il attendit le deuxième service en vain.

 

Un couple, une femme d'une soixantaine d'années et un nouveau-né, partagèrent sa table. Ils étaient immigrés en Républica Anitnegra. L'homme se prénommait Elidio ; il offrit à Louis de l'aider à apprendre l'idiome du pays où il se rendait.

 

Louis emploierait une partie du voyage à étudier ; d'ailleurs, avant de monter dans l'avion, il avait acheté un manuel d'apprentissage de la langue de Cervantès, laquelle avait été enseignée aux habitants du pays d'Elda par le canon durant l'invasion des Snallitsac.

 

Cervantès était un écrivain Terrien espagnol, qui eut lui-même une vie très mouvementée, pour ne pas dire hyperactive ; il combattit à "Lépante" (grande bataille navale durant laquelle la flotte turque fut anéantie en 1571) où il perdit une main ; il fut cinq ans prisonnier des pirates de "Barbarie", puis commissaire aux vivres de l’invincible Armada et excommunié, puis encore emprisonné et enfin familier de la cour de Philippe III, roi d'Espagne. Dans ses heures de réclusion, il composa ses romans à partir de ses rêveries d'évasion. En même temps grand érudit de son époque, il semblait connaître tous les auteurs grecs et romains et pouvoir citer, en vers et en prose, les écrivains célèbres, autant de son temps que de l’Antiquité Terrestre.

 

Le soir Louis alla au salon où avait lieu un bal.

 

La femme à la clef était assise seule juste à gauche de l'entrée ; Louis l'aperçu tout de suite. Elle était vêtue d'une toilette de soie aux couleurs de la planète : bleu ciel, parsemée de motifs blancs, avait chaussé des souliers à talon d'un bleu plus foncé, et portait un sac à main assorti.

 

Louis avança vers elle.

 

- Bonsoir madame, puis-je m'asseoir ?

- Si, por favor

 

Louis expliqua qu'il avait cherché à la rencontrer pendant le déjeuner.

Elle lui répondit, mais Louis ne comprit pas. Elle essaya dans d'autres langues, mais il ne comprenait toujours pas. Il était d'autant plus embarrassé, qu'il avait voulu lui demander s'il pouvait prendre sa main, mais il n'y parvenait pas, il avait peur. Ce blocage dura un certain temps ; mais les phéromones agissant, il lui prit la main, et la serra légèrement. Il ressentit un frémissement, regarda ses yeux bleus, ses longs cheveux blonds aux reflets de soufre, et l'invita à danser. Elle refusa, lui faisant comprendre qu'elle ne pouvait pas laisser son sac sur le siège.

Alors,  il proposa une promenade sur le pont supérieur, près de la cabine de pilotage, et d'une des cheminées. Il n'y avait personne. Seulement les étoiles de la Voie Lactée de la galaxie spirale NGC 5236 (une des plus de cinquante milliards de galaxies ( centaine de milliards d'étoiles) où cette planète bleue se située à un niveau énergétique faible (dans le sens de la Esphèrapensante (réalité des oeuvres de l'esprit des habitants (plantes, animaux, humains) de cette planète, soumise à leurs pensées)).

 

Ils marchèrent en se tenant la main. Ils s'arrêtèrent, Louis l'attira vers lui et l'embrassa doucement, suavement, repoussant ses merveilleux cheveux en arrière, plongeant ses yeux dans les siens. Il sentait son corps contre son corps ; ses seins contre son torse, il sentait son sang bouillir.....

 

Ils redescendirent et elle lui demanda de la laisser à plusieurs mètres de sa cabine.

 

Louis ne rentra pas se coucher tout de suite, il s'assit au bord de la piscine, et observa la nuit avec les brillances de milliers d'étoiles. Il se demandait qui était cette femme au charme si intense, et qui s'était laissé séduire. Il dormit toute la matinée. Au cours du déjeuner, Elidio commenta vaguement le télex journalier qu'il avait lu et qui faisait mention d'un coup d'état larvé près de Seria Soneub. Il ajouta que les impôts étaient moins élevés pendant les gouvernements militaires et que c'était un avantage. Louis ne releva pas le commentaire, n'ayant aucune notion de la politique.

 

Le bateau traversait une ligne imaginaire qui partageait la planète bleue en deux hémisphères ; Nord et Sud. En cette occasion il y avait une fête, un peu trop bruyante et mouvementée de l'avis de Louis et d'Agnès qui stationnaient sur une passerelle à bâbord et se regardèrent avec beaucoup de tendresse.

 

Agnès sans le quitter de ses yeux brillant de milliard d'étoiles, ôta sa bague en diamant et la lança dans l'océan.

- Es la costumbre...

Louis en restât interloqué. Il se sentait mal à l'aise.

 

Durant l'après midi de Noël, (fête d'origine Terrienne, de grande consommation de produits, mais qui était à l'origine une fête commémorant la date approximative de la naissance du prophète appelé Jésus-Christ) le bateau arriva à Oir ed Orienaj, après être passé sous un pont immense d'une douzaine de kilomètres.

 

Louis fut frappé par un contraste. Le pont reliait deux secteurs de la ville ; d'un coté les buildings et de l'autre dans les hauteurs des favelas et au sommet du Odavocroc, une statue  immense représentant un prophète, avec des bras tendus à l'horizontal terminés par des mains mesurant, trois mille deux cent centimètres et pesant huit tonnes.

 

Agnès et Louis descendirent et allèrent à la plage de la plus belle baie de la planète, ayant quelques heures d'escale.

Au retour Louis passa par curiosité par un bidonville risquant peut-être leurs vies. Juste avant le port quelques prostituées ou travestis interpellèrent Louis. Agnès le pressa.

 

Le jour suivant le bateau fit escale à Sotnas pour se ravitailler. Ils en profitèrent pour visiter le port. Tout à coup une pluie chaude s'abattit et l'on pouvait voir quelques bipèdes avec une couleur de peau marron foncé se laver.

 

Ils arrivèrent au fleuve, immense. L'eau avait changée de couleur, de vert bouteille, elle avait virée au marron.

 

Après une dernière escale dans la soirée à Oedivetnom, la Capitale d'un pays agricole de cent quatre vingt six mille neuf cent soixante seize kilomètres carrés, ils débarquèrent le jour suivant au petit matin à Seria Soneub, Capitale de la Républica Anitnegra.

 

Avant de quitter le bateau, Agnès lui remit une adresse. Louis resta avec la famille d'Elidio qui le conduisit à la gare routière située proche du port, jusqu'à l'arrêt d'un autobus qui traversait la ville située au sud de la Capitale, à une soixantaine de kilomètres et où habitait Elda.

3

 

Louis aperçu quelqu'un

qui gisait dans une mare de sang.

 

 

Louis ne se sentit pas dépaysé, Seria Soneub, ou plutôt le port, n'avait rien d'exotique: des grues en portiques, des réservoirs cylindriques de combustibles, des containers empilés. C'était un port comme il en connaissait ; sale, avec des odeurs fétides.

 

Ce qui le surprit, ce fut l'autobus : petit, peint avec des motifs très colorés, et des chromes un peu partout. Louis n'était guère rassuré. Le chauffeur démarra brusquement, se faufila parmi les voitures. Il s'arrêta à peine pour prendre un bipède qui sauta courageusement sur le marche pied.

 

- Soixante-dix, articula le nouveau passager.

 

Tenant le volant d'une main, le chauffeur, sans ralentir, tira un ticket d'un rouleau; puis pianotant sur un appareil en forme de flûte de pan, il rendit la monnaie. (à cette époque les cartes électroniques de paiement pour de petites valeurs n'existaient pas). A chaque arrêt, le geste se répétait.

 

Il demanda aux passagers, tout d'abord gentiment, puis plus durement, de reculer vers l'arrière. Sur le pare-brise, une pancarte était accrochée, recommandant au chauffeur de ne pas se prendre pour un coureur automobile qui avait gagné plusieurs années de suite la coupe du monde de course automobile.

 

Après ce périlleux voyage qui dura environ une heure, Louis prit un taxi peint en noir et au toit jaune jusque chez Elda.

 

La maison était ancienne. Il frappa, mais personne ne répondit. Il s'assit sur une marche. Plusieurs bipèdes jeunes s'approchèrent et commencèrent à le questionner. Comme il n'avait pas confiance il fit celui qui ne comprenait pas.

 

Quelques instants plus tard, Elda arriva.

 

- Ce n'est pas possible ! Louis, que fais-tu ici ?

- N'as-tu pas reçu ma lettre ?

- Oui, mais je croyais à une blague.

Elda l'invita à entrer, puis lui montra les photographies prises au cours de leur voyage.

 

Elle s'excusa de ne pouvoir l'héberger, la maison étant réservée aux étudiants. Mais elle le conduirait chez un ami.

 

Ils sautèrent dans un autobus bleu et blanc. La route était agréable, bordée de jolies propriétés. Ils descendirent près d'un chemin de terre qui les mena à une petite maison d'environ cent mètres carrés de surface au sol.

 

Devant l'entrée stationnait une voiture d'un modèle ancien, aux formes arrondies.

 

Elda frappa à la porte. Le mâle qui apparut dans l'encadrement devait avoir une vingtaine d'années. Il s'appelait Ernesto et était Radiologue. Son accueil fut si chaleureux, que des larmes perlèrent aux yeux de Louis. Ernesto fit un clin d'œil à Elda, mais elle resta impassible.

Après le dîner de légumes, Ernesto indiqua à chacun un endroit où dormir. Elda fut installée dans la chambre à coucher et Louis dans le salon avec un lit de camp improvisé.

 

Le lendemain, il reçut la visite de Marcos

 

- Comment ton voyage s’est-il passé?

- Bien, merci.

 

- Je suis très content de ta venue. Tu verras, tu aimeras Seria Soneub, on ne s'y ennuie pas. Demain, je pourrai t'y emmener, j'ai quelques affaires à traiter.

 

- Avec plaisir, justement je désire rendre visite à une femme que j'ai connue sur le bateau.

 

- Tu ne perds pas de temps ! Mais fais attention, les femmes ici sont très ensorceleuses.

- Je la crois sérieuse et honnête, voici l'adresse.

 

- C'est dans le centre, un quartier chic, l’un des lieux les plus attirants de la ville du point de vue de l’urbanisme. Je dois partir, je viendrai te chercher à 14 heures, donc à demain.

 

Marcos arriva à 14 heures et 30 minutes, et expliqua que la ponctualité n'existait pas dans le pays, même pas pour les transports.

 

Ils montèrent en voiture. Ils empruntèrent une route différente de celle par où était venu Louis. Le paysage était moins plaisant, des bidonvilles construits avec des matériaux plus hétéroclites les uns que les autres apparaissaient aux bords de la route, ainsi que des sacs en plastique, des morceaux de câbles électriques, des fragments de tuyaux, des planches de bois, des animaux errants et d'autres attachés.

 

- Ce sont des Villas Miserias expliqua Marcos

- Ce ne sont pas des Snitnegra mais des Sneyaugaraps, des Sneilihcs, des Snievilobs et certains pauvres de l'intérieur.

Louis ne fit aucun commentaire.

 

La banlieue sud de Seria Soneub apparaissait grise. Les gens faisaient penser à des ouvriers pauvres, à des employés n'ayant plus de travail.

 

 Ils parvinrent à Seria Soneub après avoir traversé un pont ancien. La rivière était sale, des bateaux y avaient échoué et étaient rongés par la corrosion.

 

Ils passèrent à proximité d'une gare ferroviaire nommée Noicutitsnoc, puis débouchèrent  dans une avenue. Jamais Louis n'avait rien vu de semblable. Elle était composée de quatre et cinq voies dans chaque sens, et flanquée de contre-allées de plusieurs voies aussi. Un obélisque trônait au milieu d'une petite place. Les rues étaient perpendiculaires les unes aux autres, et l'on pouvait remarquer que chaque cent mètres, chaque centaine de numéros correspondait à cette distance. Les gens appelaient cet aménagement des cuadras.

 

Marcos gara sa voiture sur un parking, près de l'immeuble d'Agnès. Il accompagna Louis.

La construction était moderne, une porte en bronze d'une largeur d'environ trois mètres ornait l'entrée.

Louis appuya sur le bouton de l'Interphone.

 

- Quien es ?

- Un amigo de Agnès, Luis

 

Après quelques secondes d'attente, la porte s'ouvrit donnant accès à un couloir garni de glaces. Dans son prolongement un hall, puis un lustre de bronze agrémenté de pièces en cristal brillant de leurs multiples facettes surplombait des sièges de style colonial revêtus de cuir, ainsi qu'une table basse sculptée.

 

 Ils utilisèrent un ascenseur aux portes en ferronnerie. A l'étage une porte à double bâtants s'entrouvrit et une femme âgée apparue sur le seuil. Elle les introduisit dans un salon d'environ quarante mètres carrés, et les pria d'attendre quelques instants.

 

 Agnès fit son entrée, elle était vêtue d'une toilette légère en soie. Ils furent conviés à s'asseoir, puis Agnès conversa avec Marcos, tandis que Louis admirait des tableaux représentant sans doute les aïeux de la famille. Agnès demanda à faire préparer un thé et invita ses hôtes à prendre place autour d'une table en bois massif d'environ huit mètres carrés. Quand la femme âgée qui devait être une domestique vint avec le plateau, Louis fut très surpris. Le thé consistait en une multitude de petit sandwichs, de marmelades diverses, de miel et de lait.

 

La conversation porta sur les sorties possibles dans les environs.

 

La domestique commençait à débarrasser la table, lorsque Louis voulu l'aider. Aussitôt le regard d'Agnès exprima sa désapprobation ; Louis reposa l'assiette serrant ses coudes contre son corps.

 

Marcos prit congé le premier, laissant Louis et Agnès à des propos plus intimes.

 

Le lendemain comme prévu, Louis et Agnès se rejoignirent dans une station d'autobus et montèrent dans un autobus d'une compagnie qui s'appelait "Rio ed al Atalp". Ils se rendirent dans une petite ville enfantine "La Ciudade de los ninos" proche de la ville d'Elda.

 

Dans cette ville tous les principaux bâtiments célèbres de la Républica Anitnegra étaient à la taille des enfants ; de plus, il y avait des jeux et un lac. Ils s'embrassaient quand un garde du parc leur en fit reproche.

 

Après cette promenade, ils prirent un taxi pour retrouver Laetitia, Marcos, Elda et Baba qui les attendaient pour aller dîner chez un ami. Ils descendirent à quelques cinq cents mètres de l'endroit, apercevant Marcos et Baba.

 

En chemin, au détour d'une rue, Louis aperçu quelqu'un qui gisait dans une mare de sang. Il voulut prêter secours, mais aussitôt Marcos, Baba et Agnès l'en dissuadèrent : ce pouvait être un piège. Il insista et on lui promit de prévenir par téléphone un service de secours.

 

Tandis qu'ils dînaient, des coups de feu retentirent ; le propriétaire de la maison sortit muni d'un vieux revolver.

 

Il revint peu de temps après, s'exclamant que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

 

Baba chuchota quelque chose à Agnès qui s'enfuit en pleurant.

 

Louis hésita entre deux attitudes....rester auprès de ses amies....ou s'élancer derrière Agnès......

 

Il choisit de la rattraper et la rejoignit à la gare.

 

Ils se querellèrent...,Agnès formulait des phrases incompréhensibles....pour la calmer, Louis la cogna par à-coups contre un mur. Elle se ressaisit, Louis l'embrassa et essuya ses larmes.

 

Il décida de la raccompagner chez elle. Arrivés devant la porte, Louis insista pour rester. Malgré quelques réticences, Agnès accepta. Tous deux se dirigèrent alors sur la pointe des pieds vers la chambre, où Agnès barricada la porte avec une chaise. Cette nuit là ils ne dormiraient pas......

 

Dés le lever de l'astre apportant lumière, chaleur et vie, Louis alla récupérer ses affaires chez Ernesto, ayant décidé de rester à Seria Soneub.

 

Il loua une petite chambre située proche de sa bien aimée et chaque jour il la retrouvait. Ils faisaient de longues promenades dans de beaux espaces verts comme le Parc Omrelap, conçu et dessiné par un bipède de son pays d'origine, qui avait en mémoire un parc bordant sa Capitale. Dans ce Parc Omrelap, il y avait aussi un lac artificiel, où ils faisaient du canotage.

 

Ils parcouraient aussi une rue piétonne, pour voir des vitrines de vêtements en cuir, de manteaux en fourrures, de costumes et de chaussures des meilleures maisons. Quelques fois ils écoutaient des groupes de musique folklorique de pays situés au Nord de la Républica Anitnegra. Ils mangeaient dans de bons restaurants, ayant la chance d'avoir les billets verts qui, chaque jour, permettaient d'avoir plus de Soseps (la monnaie locale de cette époque) grâce à l'inflation qui était pour les pauvres malheureusement insupportable.

 

Louis ne pouvant emmener Agnès dans sa chambre, ils passaient leurs nuits dans un hôtel avec une petite lumière rouge à l'entrée ; elle leur était louée à un prix spécial (une dizaine de Srallods).

 

4

 

Il imaginait ses seins

collés contre son torse.

Un jour ils se disputèrent et Louis partit vers une chaîne de montagnes, un sac sur le dos. Il prit un train, direction Sud-Sud-Ouest ; voyagea 24 heures, pendant lesquelles il vit défiler des étendues de steppe, de plaine, quelques rares fermes, des vaches et encore des vaches, des boeufs et quelques chevaux.

 

Le soir, parvenu en bout de ligne, à Neuquén, Capitale de la province du même nom, le train s'arrêta. Louis quitta la gare. Il s'apprêtait à dormir près d'un banc, quant il s'aperçut que la place était déjà occupée par ses amies les fourmis qui étaient des millions de millions sur la planète, mais en général bien camouflées.

 

Il se dirigea vers un poste de police, espérant passer la nuit dans une cellule, mais ce ne fut pas possible. Enfin il trouva un camion bâché où il sombra dans un profond sommeil.

 

Aux premiers rayons du soleil, il orienta ses pas à l'Ouest, vers une région de sept grands lacs. Il avait déjà parcouru quelques kilomètres, lorsqu'un véhicule stoppa. Le conducteur pouvait avancer Louis de plusieurs centaines de kilomètres. Il monta ; le bipède était sympathique. A midi, il invita son passager à déjeuner.

 

Dans l'après-midi, ils arrivèrent dans une petite ville au Nord de la Capitale de la province des grands lacs. Les maisons de cette ville étaient basses et au loin on apercevait des montagnes. Louis entra dans un parc. Il allait s'allonger sur un banc, quand un bipède s'approcha.

 

- Vous ne pouvez pas rester ici, vous allez avoir des problèmes avec la police ; de plus il est dangereux de dormir sur une place publique. Venez chez moi.

 

Ce bipède travaillait dans une usine ; Louis le suivit, jusqu'à une maison très simple. L'eau se trouvait à l'extérieur. Quant à l'intérieur, il était propre, garni seulement d'un grand lit et de meubles rustiques.

 

Louis dormit dans son duvet, à même le sol.

 

Le lendemain, il se remit à faire du stop. La voiture qui s'arrêta allait vers le Nord-Ouest. Louis monta quand même, laissant libre cours à sa destinée.

 

La route était accidentée, et ils parlèrent peu, échangeant seulement quelques politesses. A l'entrée d'un village, le conducteur laissa Louis chez un ami médecin. Celui-ci le reçu bien. Rares étaient les étrangers qui circulaient dans ces parages. On ne lui posa pas de question. Louis dîna en compagnie du médecin et de sa famille, puis alla dormir dans la chambre préparée à son intention.

 

Ils se leva à 9 heures, se doucha, prit un petit déjeuner, et se rendit à l'hôpital où pratiquait le médecin. Le bâtiment était aseptisé, impeccable ; à l'intérieur, des lits vides et très peu d'appareils.

 

Louis rencontra le médecin et lui expliqua qu'il allait essayer de pêcher, afin de ne pas trop dépendre de sa générosité. Il sortit, vit une rivière, trouva une ligne de Nylon, et un hameçon. Il acheta un morceau de fromage dur chez un marchand aux produits hétéroclites. Il alla s'installer au bord d'une rivière, lança la ligne, et attendit. Aucune touche. Des enfants indigènes apparurent et lui expliquèrent qu'il ne pouvait rien attraper. L'eau était trop sulfureuse, en raison d'un volcan situé en amont. Louis possédait un petit pistolet ; il chercha des lapins dans la steppe, mais aucun ne voulut montrer ses oreilles.

 

Louis, déçu, retourna voir le médecin. Il ne pouvait rester vivre à leur charge.

 

Le jour suivant, il décida d'aller jusqu'au village, situé au pied d'un volcan où certaines personnes atteintes de maladies osseuses passaient quelques jours pour se soigner.

 

Le volcan s'appelait Euhapoc, et avait une hauteur d'environ trois mille mètres, selon les habitants de la région. Seule une route escarpée y menait. Après une courte marche, un véhicule tout terrain s'arrêta. Le chauffeur raconta qu'il travaillait avec des compagnons dans une mine, et qu’ils vendaient leur production à des contrebandiers, sans préciser la nature du produit retiré des entrailles de la montagne. Parvenus à la mine, il proposa à Louis de l'accompagner. Celui-ci refusa, préférant continuer son chemin. Il repartait quand un autre tout terrain stoppa.

 

- Je vous emmène ? (dit un bipède barbu)

 

Il s'exprimait dans l'idiome natal de Louis, et sa prononciation était excellente.

 

- Comment connaissez-vous ma nationalité ?

 

Guillermo lui répondit que la montagne avait des oreilles. De plus il connaissait bien son pays pour y avoir, durant quelques temps, donné des concerts de piano.

 

La voiture supportait bien le terrain défoncé.

 

Guillermo présenta Louis au maire du village. Il prit ensuite congé, n'oubliant pas de lui donner rendez-vous dans l'unique hôtel ouvert à cette période.

 

Après avoir conversé sur différents thèmes, le maire remit à Louis une lettre de recommandation, afin qu'il eut de meilleurs chances de trouver un emploi.

 

Un édifice était en construction ; Louis se présenta à l'ingénieur responsable.

 

- Que savez vous faire ?

 

- De la mécanique, et un peu d'électricité.

 

- Justement, je dois faire installer une ligne électrique provisoire, pour que les ouvriers puissent travailler plus tard, je suis en retard sur le planning.

 

Louis accepta. Il fut logé dans une baraque en bois.

 

Il pouvait aller déjeuner à la cantine, ce qu'il fit aussitôt car il avait faim. Tout le monde fut très gentil ; la nourriture était bonne et abondante.

 

Son repas terminé, il se rendit à la baraque où des douches étaient installées. Il se lava, se rasa, mit des vêtements propres en pur coton, et partit à son rendez vous.

 

Il entra dans l'hôtel, se dirigea vers le salon, et s'assit à une table agrémentée de fleurs. Le salon contrastait avec ce site poussiéreux, boursouflé de cratères comme le satellite naturel sans atmosphère et marqué par des impacts de météorites qui gravitait autour de la planète bleue à une altitude d'environ 360 000 kilomètres, et qui permettait, entre autres, de régler les naissances et les marées, et qui servait de bases pour aller vers d'autres planètes.

 

Guillermo arriva accompagné. Il fit signe à Louis de rejoindre leur table. Ce geste lui déplut. Sans doute Guillermo ne désirait pas se déplacer maintenant qu'il était assis. Louis se leva tranquillement, et vint dans leur direction. Guillermo l'invita à s'asseoir, et présenta tout d'abord la femme, vêtue d'une toilette raffinée, puis les hommes aux costumes bien coupés.

 

Après quelques questions sur son séjour dans leur pays, la conversation se porta sur l'aide fournie par la femme pour la réalisation du meilleur plan d'une nouvelle Capitale dans le pays voisin, qui devait être située sur un plateau, considéré comme la plus grande zone de vibrations spirituelles de la planète. Ils parlèrent de l'architecture.

 

Louis resta muet, ne se sentant pas très à l'aise ; de plus, il ne connaissait rien à l'architecture d'êtres extérieurs à sa petite planète.

 

Il s'excusa prétextant être fatigué, se leva, salua les femmes puis les hommes.

 

En marchant vers le baraquement, il pensa qu'il serait nécessaire à l'avenir de parfaire ses connaissances, vu qu'il savait qu'il n'avait pas encore utilisé 1% de la capacité de son cerveau à apprendre et à conserver de nouvelles choses, même compliquées.

 

Au matin, il commença le travail avec un aide. A priori, chaque ouvrier en avait au moins un.

 

Le lendemain, un jeune bipède de l'hôtel vint le chercher, et lui exprima le désir de l'hôtelier de recourir à ses services. Louis laissa son aide, et alla se présenter. L'hôtelier lui expliqua qu'il s'agissait d'un problème avec la ventilation. Le moteur ne fonctionnait plus, alors qu’il était neuf. Louis, pour se faire valoir, partit chercher un appareil multifonctions, revint, demanda que l'on coupe le courant, s'assura de l'inexistence de tension sur l'arrivée du moteur, et commença à le démonter. Il vit tout de suite que les spires du stator étaient brûlées. Il se renseigna pour savoir si l'ancien moteur avait été gardé ; on lui répondit affirmativement. Il se le fit apporter, le monta sur des supports en caoutchouc, et installa un fusible. Il demanda de reconnecter la ligne au réseau de distribution du courant, et mit le moteur en fonctionnement. Il fonctionna sans vibration. Louis, quelque peu fier, alla retrouver l'hôtelier qui lui donna tout de suite de l'argent, l'équivalent de vingt fois son taux horaire, puis il l'invita à boire un alcool.

 

Le jour suivant, on vint le chercher à nouveau, mais cette fois pour réparer une machine qui draguait des cailloux. Le problème venait certainement des contacteurs de fin de course. Louis tripota un tableau, et fit fonctionner une partie de la pelle, mais à l'inverse, ce qui eut pour résultat la sortie de celle-ci, et sa chute sur le sol.

 

Louis se sentait très embarrassé, étant dans l'impossibilité de remettre la pelle dans ses guides, à sa place initiale.

 

Il alla dormir, puis le matin, avant les premiers rayons de soleil, il partit sans rien dire à personne, et sans réclamer le peu d'argent qu'il avait gagné en montant la ligne de lumière provisoire. Il n'aurait d'ailleurs pas pu le faire, ayant trop honte de lui.

 

Il se dirigea vers le sommet du volcan qu'il atteignit alors que le soleil se trouvait au zénith. Le spectacle y était magnifique, merveilleux, extraordinaire ; bref, intraduisible. Les nuages entouraient les autres sommets.

 

Il vit des veines de cristaux de soufre sur les parois de la bouche du volcan, et en ramassa quelques morceaux, mais ils s'effritaient.

 

La température baissait d'environ six degrés et demi tous les mille mètres à cause de la dilatation de l'air ; et le froid serait plus intense dès que le versant serait à l'ombre. Aussi, Louis décida de redescendre. Pour gagner du temps, il se laissa glisser sur la neige, mais rapidement il plantât son couteau pour s'arrêter ; parce qu'il sentit qu'il brûlait le pantalon et ses fesses. De plus, il ne voulait pas arriver trop vite sur des pierres, qui certainement lui auraient fait beaucoup de mal.

 

En contrebas, il rencontra des douanier montant des chevaux qui lui offrirent du maté pour le réchauffer, et un gîte pour la nuit.

 

Le jour suivant il pouvait continuer sa destinée vers un village indigène, peuplé par les descendants des survivants d'un génocide.

 

Mais Agnès lui manquait.

Il sentait le désir de voir ses yeux .....d'un bleu encore plus merveilleux que celui de la planète.

 

Il sentait le désir de la toucher......de la tenir serrée contre lui......

Il imaginait ses seins collés contre son torse, leurs corps s'unissant dans un élan d'amour passionné......glissant ses délicieuses formes sous la paume de ses mains.......humant le parfum de sa peau.......sentir......et écouter ses râles de bonheur…..ses contractions....….et leur explosion simultanée d'orgasme génésique, quelque chose de grandiose, d'indescriptible, de cosmique.

Au retour vers Agnès, Louis s'arrêta dans une petite ville où il apprit qu'un compatriote possédait un verger. L'endroit ressemblait à une île, et était accessible par un seul passage, gardé. Un mâle avec un fusil se tenait à l'entrée. Louis expliqua qu'il désirait parler au propriétaire ; le bipède appela un ouvrier et lui demanda d'aller prévenir le patron.

L'ouvrier revint avec un véhicule tout terrain et l'autorisation d'accompagner le visiteur.

 

Après une dizaine de kilomètres, la maison se profila. Elle était construite de plain-pied, et semblait plutôt grande. Un bipède d'une soixantaine d'années reçu Louis, et l'invita à boire du maté.

 

Louis se proposa pour la cueillette des tomates, ayant besoin d'argent.

- Comment ! La cueillette des tomates, à genoux, le dos courbé pendant 10 heures sous un soleil de plomb, c'est juste bon pour les indigènes, pas pour vous. Mon petit fils aurait été là, vous auriez pu rester avec lui ; mais malheureusement il vient de repartir.

Louis comprit qu'il devait s'en aller. En quittant la propriété, il aperçu des huttes misérables, construites avec des tôles et des feuilles. Il se renseigna auprès du chauffeur pour savoir si les indigènes habitaient ces cabanes, mais il ne reçu aucune réponse.

 

Louis pensa aux bipèdes qui survivaient ici, et eut honte de sa nationalité.

Le chauffeur le laissa à la sortie de la ville. Il leva le pouce, et une camionnette remplie de fruits s'arrêta. Un gros bipède conduisait, ne cessant de dévorer des pêches. Ils firent halte dans un verger, un mâle aveugle s'approcha. Le gros bipède voulait acheter des fruits, et discuta sur les prix. Il offrait selon les critères de Louis, une misère pour chaque cagette de pêches. Le mâle ne pouvant conserver ses fruits sans frigorifique ne put que les vendre malgré le prix dérisoire. Ils remontèrent dans la camionnette, le gros bipède continuait d'engloutir des pêches, une serviette nouée à son cou. Louis, écœuré, avait envie de planter son poignard dans ce gros ventre. Il ne le fit pas, et s'excusa auprès du Créateur de sa planète pour ces pensées criminelles. Son orgie terminée, le gros parla un peu ; notamment des 1200 % d'inflation, de la possibilité de cesser le paiement des intérêts de la dette extérieure et d'autres choses.

 

Louis se fit conduire à la gare, renonçant à faire du stop. Il prit un train à destination de Seria Soneub distante de huit cent kilomètres.

Au matin, il débarqua dans une station située dans la proche banlieue sud. Il s'assit sur un banc rond et haut dans un bar, d'où l'on voyait les quais et les trains. Il dévisagea un bipède, sans trop savoir pourquoi. Celui-ci s'approcha, s'assit à son coté gauche, et en un instant, braqua un canon sur sa tempe.

 

- Votre identité !

 

Louis saisit son passeport aussi lentement que possible. Le policier le regardait ; il baissa son arme, et invita Louis à le suivre. Il ouvrit une porte près du bar, fit asseoir Louis, et devant une tasse de maté, expliqua qu'il faisait son travail, son secteur fourmillant de délinquants.

Après un court voyage en métro, Louis se rendit dans un hôtel central, sur une avenue qui délimitait les classes sociales. Il déposa son sac à dos, prit une douche, enfila des vêtements à peu près propres, et partit voir Agnès.

Personne au quatrième étage, Louis retrouva Agnès chez sa sœur au second.

 

C'est elle même qui vint lui ouvrir. Il la prit alors dans ses bras, et l’étreignit avec passion. Elle passa ses mains autour de son cou, et comme elle se mettait à pleurer, il pleura aussi, puis ils se regardèrent intensément, et leurs lèvres se touchèrent...

 

Quelques minutes après leurs retrouvailles, ils allèrent dans leur hôtel familier.

La chambre de leurs ébats amoureux était libre. Toujours les mêmes glaces sur le plafond et sur les murs, quelques plantes vertes en supplément. Ils bavardèrent presque toute la nuit, puis se regardèrent longuement, se caressant de façon enfantine et innocente.....Louis sentit qu'il tenait à cette femme.

Agnès ne pouvait continuer à vivre avec sa carte de crédit. Son mari lui avait écrit, lui demandant de rentrer ; mais elle ne voulait pas. Louis apprit qu'elle avait aussi des enfants, alors il lui réserva une place dans le prochain bateau.

Louis ne savait que faire à Seria Soneub surtout après avoir vu de ses propres yeux pendant les premières minutes du 24 avril 2576, la vice présidente prendre un hélicoptère à partir du toit de la Casa Adasor pour s'évader, et voir cet immeuble cerné par des chars blindés. Cette intervention des militaires était bien vue par de larges secteurs de l'opinion publique comme une solution face au risque de désagrégation de l'état.

 

Louis écrivit à son ami George, car il manquait d'argent. Il aurait pu en gagner, mais spéculer lui paraissait à ce moment-là malhonnête.

Le système consistait à chausser une paire de chaussures pour courir très vite. Certaines banques changeaient les billets verts à des taux inférieurs ou supérieurs à ceux de la Banque Centrale Nationale ou à d'autres agences de change. Il suffisait d'aller de l'une à l'autre, de vendre et d'acheter, mais très vite, avant que les cours ne s'équilibrent, et que la vente soit interdite.

Louis, après une semaine, n'avait pas encore reçu l'argent de son ami George (qui était un grand reporter d'agence de presse), et il s'impatientait.

Il ne restait que deux jours avant le départ du bateau. Pour résoudre le problème, Agnès vendit sa montre en or. Elle échangea sa cabine, et demanda une cabine pour deux.

 

Le jour du départ arriva, et Carlos, le neveu d'Agnès, les accompagna au port.

Louis et Agnès lui donnèrent ce qui restait d'argent du pays, car cet argent n'avait aucune valeur sous d'autres cieux moins bleus. Carlos n'en avait jamais eu autant entre les mains ; il fallait une brouette pour transporter l'équivalent de 100 Srallods d'une valeur unitaire, et atteignant 10 millimètres d'épaisseur par environ cent quarante millimètres de longueur et quarante cinq millimètres de largeur.

Durant le voyage, ils s'aimèrent fougueusement.....principalement lorsqu'ils étaient sous la douche....avec leurs corps savonneux....

 

Un matin, à l'approche du port où débarquait Agnès, Louis s'éclipsa, sortant ses affaires de la cabine, au cas ou l'époux monterait à bord chercher son épouse. Agnès débarqua.

 

Malgré ses efforts, Louis ne parvint pas à entrevoir l'époux et l'enfant. La seconde était déjà grande et mariée, elle vivait à Seria Soneub mais Louis ne l'avait jamais vue.

 

Quelques heures plus tard dans l'après-midi, le bateau accosta de nouveau, et Louis retrouva son pays. Au passage à la douane, le contrôle fut des plus rigoureux. Quand Louis en demanda la raison, le douanier lui répondit que les gens porteurs de sacs à dos passaient des drogues illicites.

 

La réponse lui parut idiote, mais il ne la releva pas.

 

 

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